Photographie d'une bille en verre du catalogue MesBilles illustrant un article sur l'identification des billes conservées dans les musées.

Patrimoine
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Emblème de MesBilles : ce qu'un musée avoue ne pas savoir d'une bille

Une notice de musée porte un titre. Celle d'un musée de La Rochelle en porte deux, séparés par une parenthèse : « bille (ou balle de mousquet) ». Le doute n'est pas rangé dans un dossier. Il est publié.

Quand le doute passe dans le titre

La fiche est consultable sur Alienor.org, le site du Conseil des musées ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre). Objet no MAH.2013.0.61.1, service gestionnaire : les musées d'Art et d'Histoire de La Rochelle. Le titre publié est « bille (ou balle de mousquet) ». La description tient en une ligne : « bille en pierre (ou céramique ; terre cuite?) striée. » Le point d'interrogation appartient à la donnée en ligne.

Deux incertitudes sont donc tenues ensemble, et assumées : celle de la fonction, jeu ou projectile, et celle de la matière. Le champ « Domaine » porte « armurerie - ethnologie », le champ « Sujet représenté », « jeu de billes - balle - projectile ». La ligne d'acquisition ajoute une troisième lacune, écrite telle quelle : « mode d'acquisition inconnu ». Aucune date de fabrication n'apparaît dans la notice.

Il faut lire cette notice pour ce qu'elle est. Elle n'établit pas qu'il s'agit d'une bille de jeu. Elle établit qu'une institution a préféré publier deux hypothèses plutôt qu'en imposer une.

Ce qu'une notice ne date pas

Au musée du Louvre ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), une notice du Service de l'Histoire du Louvre porte le numéro CN 23159. Sa dénomination est au singulier, « bille », et sa description en compte sept : « 5 billes de terre, 1 bille de verre (calot), 1 bille en terre cuite glaçurée ». Trois diamètres sont mesurés séparément, 2,7 cm, 2,1 cm et 1,6 cm.

Le lieu de découverte, lui, est d'une précision remarquable : « Cour Napoléon->zone 57 (Fait : 8 ; US : 55) », fouilles du Grand Louvre menées de 1984 à 1986. On sait donc où et dans quelle couche ces billes ont été trouvées, au fait et à l'unité stratigraphique près. On ne sait pas quand elles ont été faites : la notice ne porte aucune date de fabrication. Emplacement actuel, « non exposé ».

La notice distingue ainsi le contexte de découverte, précisément enregistré, de la date de fabrication, qui n'est pas renseignée. Elle rappelle d'ailleurs, sous chaque fiche et à côté de la date de dernière mise à jour : « Le contenu de cette notice ne reflète pas nécessairement le dernier état des connaissances. »

Photographie d'une bille en verre du catalogue MesBilles illustrant un article sur l'identification des billes conservées dans les musées.

« Unknown », « probably », « presumably »

À Londres, le Victoria and Albert Museum conserve deux ensembles de billes ramassées sur les berges de la Tamise par un chercheur de rive professionnel, et donnés par Graeme Brudenell : 99 billes ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) sous le numéro B.341:1 to 5-2013, et 197 billes ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) sous le numéro B.342:1 to 11-2013.

Le champ « Artist/Maker » porte, pour les deux, la même valeur : « Unknown ». La datation du premier ensemble est écrite « 1870-1900 (made, probably) ». Celle du second, « late 19th century ». Les surfaces sont décrites comme ébréchées, rayées et usées, « presumably from play » : l'usage est supposé, et l'adverbe le dit.

Sur l'ensemble de 197 billes, le champ normalisé « Materials and techniques » porte « Glass », tandis que la description physique de la même notice écrit que les billes sont faites « from glass and stone ». Le vocabulaire d'inventaire, qui range, et la description à la main, qui observe, ne coïncident pas. Sous chaque fiche, une note précise qu'il s'agit d'une base de travail, que certains enregistrements peuvent refléter des idées ou des analyses dépassées et que l'institution s'engage à les réviser. Un lien invite le lecteur à proposer une correction.

Une ligne, et c'est tout

Dernier cas. Dans les collections du National Trust, au musée de l'enfance de Sudbury Hall (Derbyshire), l'objet NT 666065 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) est rangé sous la catégorie « Sports equipment, games and pastimes ». Matière : « Stone ». Diamètre : 14 mm. Date : « Unknown ». Le résumé complet de la notice tient en quatre mots : « A chipped, stone marble. »

Une bille de pierre, ébréchée. La notice ne donne ni fabricant, ni lieu de fabrication, ni période. Elle ne permet pas d'en savoir davantage sur l'objet, et le site rappelle sur toutes ses pages que l'exactitude des informations affichées n'est pas garantie.

Ce que cela change

Ces quatre notices ne sont pas des musées pris en défaut. Elles montrent un métier au travail : consigner ce qui a été mesuré, laisser visible ce qui ne l'a pas été, et publier la limite en même temps que la donnée. Le point d'interrogation de La Rochelle, le « probably » du V&A, le « Unknown » du Derbyshire sont des marques de prudence, pas des trous à combler.

Nous avions raconté ici la façon dont un musée met le verre en exposition. Une notice d'inventaire accomplit un autre travail : elle identifie l'objet, rassemble les informations disponibles et rend visibles les limites du dossier.

La prochaine fois qu'une vieille bille vous passe entre les mains sans que vous sachiez rien d'elle, souvenez-vous de ces quatre fiches. Ne pas savoir n'est pas un défaut de l'objet. C'est l'état de son dossier.

À votre tour
Avez-vous chez vous une bille dont l'histoire vous échappe : son âge, sa provenance ou la personne qui l'a conservée ? Racontez-nous ce que vous en savez encore, ou ce qui restera peut-être sans réponse.

Pour aller plus loin

Chez MesBilles

Mascotte Ronde MesBilles

L'œil MesBilles

Une notice peut être précise sans prétendre tout savoir.

Découvrir nos billes, une à la fois →

Sources

Crédits visuels : visuels MesBilles.

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