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Cinq escales, cinq territoires, et une règle de méthode que nous annonçons d'entrée : ce parcours ne va que là où les archives nous laissent entrer.
Ce n'est pas un tour du monde. Les cinq escales qui suivent sont celles que des archives, des enquêtes de terrain et des collections publiques permettent de documenter précisément. Elles ne forment pas un échantillon représentatif des jeux de billes, et nous ne le prétendons pas. Là où nous n'avons rien trouvé qui tienne, nous n'avons rien écrit.
Pays basque, le jeu nommé commune par commune
C'est la matière la plus dense du dossier. L'Atlas Etnográfico de Vasconia ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), publié par la Fondation Labayru avec les groupes Etniker Euskalerria, rattache chaque nom et chaque figure à une localité précise. Les billes s'appellent canas à Mendiola, Moreda, Narvaja et Obanos, bolas à Salvatierra et à Garde, bolos à San Martín de Unx et Artajona, colpones à Allo, pitones à Murchante, chivas à Monreal. À Aoiz, elles ont été des chivas : autour de 1970, avec une commercialisation accrue, elles ont commencé à être appelées canicas.
La partie y suit une séquence obligatoire, elle aussi nommée localité par localité :
- à Murchante, chiva, chivica, pie o buen pie, tute, matute o retute
- à Moreda, une suite plus longue qui finit au gua.
Les terrains changent de forme d'un village à l'autre, triangle à Elgoibar ou à Lezaun, carré à Artajona, cercle à Narvaja ou à Zerain, parcours à Mendiola.
La matière change aussi, des noix de galle à l'argile, puis au verre et à l'acier. Détail qui dit tout du soin porté à l'objet : à Moreda, les billes d'argile séchaient au soleil, puis on rebouchait leurs fissures avec de la bave d'escargot.
Irlande, deux cahiers d'écoliers
La Schools' Collection ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), conservée par la National Folklore Collection de l'University College Dublin, garde ce que des enfants ont écrit eux-mêmes. Une page de Howth, dans le comté de Dublin, décrit trois trous creusés à quelques pieds l'un de l'autre, un lancer vers chaque trou, un retour à la ligne, puis le duel : « si tu touches sa bille trois fois de suite, tu gagnes la sienne » (notre traduction). Le texte parle de la bille d'une adversaire au féminin : la page atteste donc au moins la présence d'une joueuse.
À Clonmel, dans le comté de Tipperary, un autre cahier note d'abord la saison : les billes s'y jouent généralement en automne. On joue dans les caniveaux et celui qui dit « cast off » le premier ouvre la partie. Chaque bille porte un nombre convenu, et chaque touche compte un point. Une seconde manière est décrite, dans un rond, chacun misant sa part. Ces deux pages valent pour deux écoles, pas pour un pays.
Australie, ce qui servait de bille et ce qu'elle valait
Museums Victoria ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) documente d'abord des matériaux. Des noix de plantes indigènes, des coquillages, du bois ont servi de billes à des enfants aborigènes dans différentes régions du pays. En Nouvelle-Galles du Sud, Ambrose Golden-Brown, de nom aborigène Gnaio, façonnait les siennes en mêlant deux argiles, jaune et blanche, pour obtenir des veines semblables à celles des billes du commerce. Le site archéologique de Little Lonsdale, à Melbourne, a rendu des billes de porcelaine, de verre et d'argile datées des environs de 1880.
Le reste tient dans deux choses que l'on ne trouve nulle part ailleurs : des barèmes d'échange, relevés dans une école de Melbourne en 1985 et à l'école primaire d'Alphington en 1988, et des lexiques d'enfants. Celui d'Alphington en 1988 et celui de Carlisle, en Australie-Occidentale, en 1954, n'ont qu'un seul nom en commun. Deux vocabulaires, un même jeu, trente-quatre ans et un continent d'écart.
Angleterre, un pub et un championnat
À Tinsley Green, village du Sussex situé à moins de cinq milles de l'aéroport de Gatwick, le championnat se tient au pub du Greyhound depuis 1932. La BBC, qui s'y est rendue en avril 2025, décrit une compétition de quinze ou seize équipes de six joueurs. Julia McCarthy-Fox, qui aide à l'organiser depuis trente-cinq ans, résume l'affaire en une phrase : « c'est une vieille tradition que nous voulons faire durer » (notre traduction).
Italie du Nord, le souvenir d'une bille fabriquée faute de pouvoir l'acheter
Cette escale ne décrit pas une règle générale du nord de l'Italie, mais le souvenir personnel de Lidio Bertelli, enfant dans la région au cours des années 1940. Il raconte avoir fabriqué ses billes dans la pierre, sa famille n'ayant les moyens d'en acheter ni en métal ni en verre. Un seul témoignage, donc, et rien de plus. Il vaut pourtant d'être rapporté : après quatre escales faites de pratiques collectives, celle-ci rappelle qu'une bille a d'abord été un objet qu'il fallait pouvoir se payer, ou savoir faire soi-même.
Ce que ce parcours ne dit pas
Il ne dit rien des territoires que nos sources ne couvrent pas, et nous avons préféré cinq escales solides à six escales dont une aurait été de complaisance. Il ne dit rien non plus des origines : un nom de jeu ne prouve pas d'où il vient, et deux règles qui se ressemblent ne descendent pas forcément l'une de l'autre. D'une escale à l'autre, les sources font apparaître des façons différentes de fabriquer les billes, de les nommer, de leur donner une valeur ou d'organiser la partie.
Un nom de bille entendu dans votre cour d'école, une règle locale, une manière de compter les touches : dites-nous en bas de page laquelle avait cours chez vous.
Pour aller plus loin
- Atlas Etnográfico de Vasconia, fiche « Las canicas » ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), le jeu relevé commune par commune
- The Schools' Collection, volume 0791, page 203 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), la page de Howth, comté de Dublin
- Museums Victoria, Australian Children's Folklore Collection ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), d'où viennent les matériaux australiens
Chez MesBilles
- Les billes sur planche et sur plateau, quand le jeu change de surface
- Construire un circuit de billes à la maison, pentes, virages et bancs d'essai
- Toute la Gazette de MesBilles, notre blog éditorial événementiel
Sources
- Instituto Labayru et Grupos Etniker Euskalerria, Atlas Etnográfico de Vasconia, fiche « Las canicas » : atlasetnografico.labayru.eus ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Etniker Euskalerria, fiche de publication de Juegos infantiles en Vasconia, enquête de terrain menée dans la décennie 1980, direction José Miguel de Barandiaran et Ander Manterola, coordination Gurutzi Arregi : etniker.com ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- National Folklore Collection, University College Dublin, The Schools' Collection, volume 0791, page 203, école de Howth, comté de Dublin, enseignante Margaret Bowen, collectrice Annie Phillips. Image et données © National Folklore Collection, UCD, sous licence CC BY-NC 4.0 : duchas.ie ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- National Folklore Collection, University College Dublin, The Schools' Collection, volume 0567, page 013, Scoil na mBráthar, Clonmel, comté de Tipperary, enseignant S. A. de Faoite. Image et données © National Folklore Collection, UCD, sous licence CC BY-NC 4.0 : duchas.ie ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Heather Russell, « Marbles Over the Centuries », Museums Victoria Collections, 2025, sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International : collections.museumsvictoria.com.au ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Moya McFadzean, « Australian Children's Folklore Collection (ACFC) », Museums Victoria Collections, 2004, sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International : collections.museumsvictoria.com.au ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Fiona Lamdin et Daniel Sexton, « World Marble Championships take place », BBC News, 18 avril 2025 : bbc.com/news/articles/c4g7wq853rxo
La dernière entrée est donnée sans lien cliquable : nous n'avons pas pu consulter la page nous-mêmes, nous ne posons donc pas le lien.

L'œil MesBilles
Une maison de sélection. La bille, à l'unité, choisie avec soin pour rouler aussi bien sur une table de salon que dans une allée de jardin.
Les citations tirées de sources en anglais et en espagnol sont traduites par nos soins. Crédits visuels : illustrations photo MesBilles, billes du catalogue, vendues à l'unité.